Centre Dramatique National de Quartier
  édito n° 41
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Pour aller à la rencontre des Inuits, mon cousin décida d’apprendre le cirque. Intimement, il avait l’intuition que cette langue de cirque était suffisamment universelle pour aller au-delà des apparences, des communications sociologiques, ethnologiques, touristiques, économiques.

Cette langue de cirque permettrait, pensait-il, de trouver un rapport différent avec l’autre, un échange si ce n’est plus égalitaire tout au moins affranchi de l’arrogance du savoir. Une langue probablement affective. N’est-ce pas là le rêve du spectacle vivant, de communiquer autrement, de dépasser les règles et les pouvoirs sociaux en place, de mettre en poésie les relations.
Ne dit-on pas, par ailleurs, qu’il n’y a rien de plus communicatif que le rire. Ce relâchement physique, qui ouvre grand la bouche et fait quelquefois pleurer les yeux, ce soulagement aux sonorités tonitruantes de tout le corps ; ne serait-ce pas la langue rêvée par mon cousin pour «communiquer» avec les Inuits. Une langue secrète que nous souhaiterions partager avec vous et tous les artistes qui vont égayer nos murs de l’hiver à l’été. Une langue certainement trans… générationnelle, disciplinaire, sexuelle, ruisselante de rire et de fantasmagorie.

Ainsi, nous ouvrirons cette nouvelle année avec la langue décalée du poète Jean-Pierre Brisset, fou littéraire, pourfendeur de la bienséance académique et adepte des prophéties facétieuses. Et nous continuerons à échafauder, tout au long de la saison, des relations atypiques entre les arts et les sens, défiant les étiquettes du prêt-à-penser.

En imaginant les bruits qui tisseraient la bande-son des créations que nous accueillons, nous trouverions beaucoup de bruits de bouche – le mangé, le parlé, le chanté, le mâchonné, le soufflé. Et si l’on plongeait dans les filandreux liens qui d’un spectacle à l’autre font l’identité d’un lieu, on pourrait avouer que notre saison sera placée sous le signe de la performance.
 Non que nous serions devenus pour cette nouvelle année des athlètes du chiffre et de la rentabilité ! Plutôt des adeptes de ces spectacles-actions où l’on prépare des rituels et des farces, où l’on dispose des tables méticuleusement pour accueillir l’autre comme un convive singulier et important, où l’on créé des légendes contemporaines avec trois fois rien. 
Franchissez donc les portes de notre igloo chaleureux pour partager l’Inuit avec nous.
 Meilleurs vœux.

Matthieu Malgrange