Centre Dramatique National de Quartier
  édito n°42
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Nous revoilà. Etions-nous cachés dans des forêts de chênes, endormis sous des soleils flambants ? Sûrement un peu mais toujours veillant, conspirant sur les coins de table de l’été à des changements de cap. Non de ces changements tapageurs et médiatiques, mais de ces révolutions intimes comme la première rentrée à l’école d’un enfant, un saut en parachute, une amitié retrouvée, un deuil, un livre qui bouleverse notre chevet, un amour déclaré et partagé, un voyage dans un pays étranger, l’attente d’un enfant…
Ce sont ces choix qui nous tombent dessus, ces combats ordinaires que notre lieu tente d’accompagner, de transgresser en accueillant des spectacles protéiformes qui, espère-t-on, troublent l’imaginaire, réjouissent les sens, fondent des parties communes pour nos mémoires.

Et l’on sent bien une rupture entre nos aspirations et les discours martelés par nos dirigeants qui régulièrement ressassent qu’il faut couper, économiser, rembourser, retrancher dans nos domaines publics, lâcher nos utopies, se conformer à la pensée unique de l’économat.
Sans compter que lorsque des acteurs de la vie citoyenne comme la Coordination des Intermittents et Précaires s’engagent avec pertinence dans une réflexion sur le travail et proposent des solutions innovantes ; ils se voient rejetés, méprisés, infantilisés par ces capitaines d’industries et dirigeants superstars.
Et tout cela dans un climat politique où les pensées d’exclusions, les replis identitaires les plus moisis se voient décomplexés, approuvés par un nombre grandissant de nos concitoyens.

Il y a de quoi être choqué, se sentir quelque peu désespéré !
Si notre lieu de création n’échappe pas aux embruns de ces sombres ressacs, il ne se fourvoie pas dans une inquiétude paralysante. Au contraire, il cherche à tisser des contrepoints, à décaler les regards formatés, à être un abri pour des réformes pétillantes, collectives, sociétales.
Ainsi, en poussant notre porte pour cette rentrée, vous pourrez goûter à notre inclination pour le désordre, l’apesanteur, l’inclassable, les collectifs de musiciens, les animaux, les coups de feu des cuivres et de la cuisine, les adjectifs, le mime contemporain, et tout cela relayé dans les sphères dématérialisées par un nouveau site Internet.
En espérant vous voir nombreux à refaire le monde sous notre verrière.

Matthieu Malgrange