Centre Dramatique National de Quartier
  édito n°40
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Quels auspices nous réserve cette rentrée ? Crise aiguë, innovation souterraine, changement, palpitations d’un été chantant encore ses suspensions caniculaires ?


Quelles couleurs prendront les murs, quel ton pour cette saison ? L’identité, le « Qui sommes-je ? » comme dirait le clown acide et légèrement effrayant Ludor Citrik, pourrait être notre bannière de saison.


Il est à parier qu’au-delà de la quête d’identité, de cette recherche permanente d’étonnement qui nous anime, c’est au clown, au bouffon, à cette partie enfouie de nous-mêmes que nous demandons un éclairage sur le sens de nos us et coutumes. C’est cette face décalée que nous aimons rassembler dans notre Centre Dramatique National de Quartier, au travers d’artistes, qui, s’ils ne sont pas clowns, aiment troubler les conventions, jouer avec les matières, réveiller nos a priori.


L’identité d’un lieu comme le nôtre, qu’est-ce donc ? Un abri hors du monde ? Un espace où la liberté s’accommode des contradictions humaines ? Un espace commun ouvert à tous et à toutes les paroles ? Un lieu pour l’expression sauvage, l’exorcisme des trouilles, le fouillis, les fourmillements ? Un lieu fourre-tout ? Quelquefois, certains artistes ou programmateurs viennent nous voir, nous racontent un projet, une idée et nous disent : « ça, c’est pour votre lieu ! ». Etrangement, ce sont souvent des spectacles « à la frontière » (comme on dit du homard « à l’armoricaine ») : expérimentaux, premiers spectacles, formes croisées entre différentes disciplines, refusés presque partout par les grands tièdes (ceux qui disent « mon public » comme on dit « ma voiture »). Un début d’identité. Vu de l’extérieur.


A l’intérieur ça crépite, ça tente, en collectif plutôt qu’en solitaire, multipliant les identités, en essayant d’échapper à l’esprit de sérieux, et à ce mimétisme de goûts et de pensées à l’œuvre aussi bien dans les lieux culturels que dans l’industrie.


C’est peut-être ce que nous tentons de dessiner en écrivant notre saison, une identité multiple, ouverte à des contrées peu foulées, une attention aux projets qui bousculent les façons de faire, des spectacles trop bavards, trop lents, avec trop de notes, « à la frontière ».

Matthieu Malgrange