Centre Dramatique National de Quartier
  édito n°45
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Pour cette nouvelle année, l’Atelier du Plateau est sous le signe du changement. Un renouveau comme les tapis de fleurs sauvages au printemps, comme ces bonbons picorés gloutonnement sans s’en rendre compte. Un renouveau qui annonce que tout sera comme avant et pas tout à fait pareil. En effet, après quinze années à concocter, militer, partager, animer, rêver ensemble cet Atelier, Laetitia Zaepffel, figure de ce lieu et codirectrice, a pris son envol vers d’autres aventures. Son départ n’entame pas mon utopie de tenir ce lieu avec l’attention et la mauvaise foi que l’on peut avoir pour un bel ami. Avec l’engagement, l’attention, le vif caractère, la sensibilité d’une équipe permanente fraichement émoulue, pleine d’appétit d’accompagner ce renouveau. Avec tous ces artistes, ces compagnies, ces spectateurs, ces visiteurs, fiers habitués des lieux ou nouveaux venus à la mémoire neuve, qui nourrissent de leurs performances, leurs grâces, leurs pensées, leurs tentatives, leurs musiques, leurs acrobaties, leurs mots, cette maison.

Avec l’aide aussi précieuse que fragile de partenaires publics, le soutien d’institutions professionnelles et l’attention de nombreux complices du quartier aux enseignes diverses, l’Atelier du Plateau persévère à rendre visible les engagements imaginatifs, les combats poétiques, les initiatives à mauvais caractères, à croire que le spectacle vivant est une raison primordiale pour se lever tôt et se coucher tard.

Si notre atmosphère intérieure a une vigueur certaine, il y a quelque chose de vicié dans l’air du temps que nous traversons. On dit que plus on s’avance dans les altitudes plus l’air se raréfie et que par conséquent il devient difficile de respirer. Serait-ce une métaphore de ce qui nous arrive et ce bien avant que l’on atteigne une quelconque hauteur ?

Ou est-ce que l’air se raréfie simplement parce que la pollution s’amplifie ? La pollution des particules, oxydes et autres sacs plastiques qui vient nous dire urgemment que le monde n’en a plus pour longtemps si l’on ne fait rien pour lui sauver le climat. La pollution idéologique qui intimide les urnes et terrorise les rues de ses extrêmes idées, claquemure les identités, incite au repli sur soi en urgence, sécurise pour préserver le bien de tous. La pollution économique qui engloutit les aides aux biens publics, ferment les désignés comme trop petit et non rentables qu’ils soient hôpital, théâtre, centre social, école. Il semble que la nouvelle devise commune soit d’agglomérer en grand, de rassembler dans des pôles, de faire des économies à grandes échelles, de grossir jusqu’à l’explosion.

L’air commun se raréfie vous dis-je. Ouvrons donc en grand nos fenêtres et nos œillères pour de grandes bouffées collectives de vitalité, de débats publics, de plaisirs à partager sans modération.

Matthieu Malgrange