Centre Dramatique National de Quartier
  édito n°46
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Persévérance, voilà le mot qui me vient pour ouvrir cette seizième saison de l’Atelier du Plateau. Persévérance de notre lieu qui, comme une île indépendante et précaire, résiste vaille que vaille aux tempêtes financières, aux vents glaçants des moralisateurs, aux pollutions des industries, à l’usure du temps. Persévérance de notre lieu à accueillir les curieux et les débatteurs, les diseurs de la marge, les simples d’esprit, les forts en salto, les émotifs et les discrets, les locaux et les transhumants.

Persévérance d’une équipe à s’investir chaque jour pour que dure cette aventure parallèle et quelque peu libertaire. Persévérance de l’opiniâtreté, où parfois pointent les aulx du découragement, jamais lassés cependant, à exiger l’utopie et le bonheur pour chacun. Persévérance des visiteurs d’un soir ou des habitués bienveillants à soutenir, embellir, rêver ce lieu. Le principe d’une île n’est-il pas que tous ses arpenteurs s’en sentent les cultivateurs ?

Persévérance à se méfier des identités simplistes, des étiquettes, des chapelles. Persévérance à garantir des conditions de travail et d’expérimentation aux artistes. Persévérance à l’alacrité pour rassembler une kaléidoscopie de projets artistiques et d’humains sous le toit de nos affections. Persévérance à s’indigner des injustices et des piétinements méprisants de nos dirigeants. Persévérance aux joies de l’égarement, aux trinqueries de l’amitié, au foutoir des idées, à tout ce qui nous tient vertical, amoureux et quelque peu ensemble.

C’est avec cette ritournelle en tête que s’est imaginée cette nouvelle programmation. Elle prendra la forme d’un parc d’attraction poétique et politique où les mots incantatoires et romanesques, les contes du présent, les clameurs des vivants seront le centre de nos attirances. On y chantera pêle-mêle les peurs de l’époque, l’amitié des cortèges de tête, les secrets des acteurs, les tabous insulaires, la pornographie, les ancêtres et les fantômes. On percera des coffres-forts avec des sons. On voltigera avec des barres russes, des mâts chinois, des trapèzes washington. On fomentera un art babélien, un théâtre de montagne, de mer, de campagne, de ville !

A quoi ça sert la persévérance ? A quoi ça sert la poésie ? A quoi ça sert l’amour ?

C’est forts de ces interrogations que nous vous attendons.

Matthieu Malgrange