Centre Dramatique National de Quartier
  édito n°48
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Le sillage des vacances dépose ses dernières écumes dans nos cœurs, bienfaits de l’été où l’on suspend le temps comme un poisson au fumoir, où l’on rêve de vies nouvelles pleines de ruches et de livres, de raisins et de nomadismes, de bains éternels à la crique et à la rivière. Sauvagerie retrouvée pour quelques semaines, telles ces biches aperçues au détour d’un champ courant sur leurs hautes pattes fines, ces levreaux et renards traversant les chaussées à la vitesse de l’insolence, images de natures brûlantes, de fêtes païennes et votives à partager avec des amis d’un soir, de paysages vertigineux, d’engueulades comme de bons gueuletons.

Et pourtant dans la carte postale rien ne s’est passé comme prévu, une voiture en panne, un toit qui fuit, une route fermée, un concert annulé, une maladie qui vous tombe sur le coin du fémur, et face à ces intempéries, nous avons trouvé des voies nouvelles, des danses et des musiques pour attacher les mauvais sorts. Un été à improviser, à découvrir les auvents de nos certitudes, à attendrir les malchances. Jurons donc que ces songes d’été ne soient pas qu’une parenthèse enchantée mais l’enchantement de notre futur.

Depuis cet Atelier du Plateau, prisme à petite échelle d’un laboratoire d’emplois et d’idées, explorons donc les intuitions sociales et les récits inattendus de l’été.

Et la saison qui s’annonce, lignes obliques et stries éclectiques comme celles d’une main contorsionniste, sera militante et ludique, crue comme l’oralité des cris, où s’entrecroiseront les voix de pionnières, les mélodies des résistances, le théâtre des ascensions, le cirque des mutants. Explorons donc ces voies dont on ne sait si elles ouvrent sur de fabuleuses vallées, grottes ou impasses, en faisant face à l’irréfragable serpe des nouveaux réformateurs.

Ne nous laissons pas découper et continuons à explorer toutes les façons de faire. Faire pour rien, par amour, par passion, pour tendre la main, pour rassembler, pour contredire, par nécessité, pour ne pas laisser l’indifférence et le libéralisme prendre nos corps et nos langues et devenir ce chacun pour soi. Explorons les pluriel(le)s.

Matthieu Malgrange