Centre Dramatique National de Quartier
  Humeur de Sylvain Darrifourcq

Cartographie du vide

C’est bien la première fois qu’on me propose un espace d’expression et que je m’interroge sur la pertinence de ce que je pourrais dire. Peut-être parce que cette invitation porte sur autre chose que ma pratique. Sinon j’aurais évoqué le plaisir d’imaginer ce projet POUR ce lieu. Quand Karl nous a réunis, j’ai tout de suite pensé à l’Atelier du Plateau comme réceptacle idéal de nos recherches : une musique pour percussions qui esquive les attentes qu’on se fait de la batterie, à savoir l’intensité dans la puissance. Ici, tout est lent et mezzo forte, chaque son a le temps de laisser entendre son timbre.

Mais parler publiquement de sa vision du monde, voilà une autre affaire. À rebours de ce qu’on lit dans les médias et les réseaux sociaux, la seule chose que je me sens légitime d’exprimer, c’est bien un immense doute (sur la rationalité de notre monde, l’utilité de ma pratique, le tout sentimental…). Mais est-ce que cela est digne d’être rapporté, un doute ? Est-ce que ce n’est pas encore une fois, une façon d’occuper l’espace avec du vide ? Peut-être pas si l'on considère que le doute est une forme de paralysie face à toutes les nouvelles questions que soulèvent une situation inédite. Comment alors, serais-je en mesure de prendre position si je n’ai pas pris le temps de penser cette nouvelle configuration ?
Faut-il absolument en penser quelque chose, là, tout de suite ?
Je suis soulagé et reconnaissant d’entendre parfois une voix qui appelle à la pondération, à la mesure, au temps de la réflexion. Alors peut-être, cela vaut-il la peine d’être exprimé, pour ceux qui se sentent concernés.

Sylvain Darrifourcq est accueilli à l’Atelier du Plateau, le mercredi 5 mai 2021, pour le spectacle “Cartographie de rythmes”.
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