Centre Dramatique National de Quartier
  édito n°49

Si les portes du jour de l’Atelier de Plateau ont repris leurs mouvements de papier, leurs concerts de claviers, leurs ballets de peinture et d’encre fraiche, les portes de la nuit battront cloches et clenches dès le 17 janvier.

Deux temps fort pour débuter cette nouvelle année sous le signe du théâtre, du culinaire, du festif, du maladroit, du chic, de la musique.

La programmation complète arrive aussi vite en ligne et sous enveloppe que nos meilleurs vœux !

Image

« Au dessus de l’île, on voit des oiseaux », écrivait Jacques Prévert dans sa chanson « La chasse à l’enfant ». L’histoire de l’évasion d’un enfant, enfermé dans un bagne sur une île, et traqué par tous ses habitants. Qui sont ces oiseaux qui rôdent ? Mauvais augure, oiseaux de surveillance ? J’ai cette ritournelle en tête. J’écris ces lignes depuis Tréméoc, un village comme tant d’autres, dans l’épicerie café alimentation presse pizzeria, dernier vestige d’une vie collective où tout a fermé. Une poche de vie fragile, un bout de rassemblement local, qui pourrait disparaître à tout moment. Si l’utilité sociale de ce lieu pluriactif est reconnue par tous, son équilibre ne tient que par ses larges heures d’ouvertures, l’engagement de ceux qui se tiennent derrière les comptoirs, leur croyance à l’importance de ces liens territoriaux, et la fierté des tenanciers et des habitants d’avoir créé des postes, des salaires, des utilités. Un petit commerce d’utilité publique. Fragile comme les insectes, les réserves halieutiques, les emplois aidés, les libertés de circulation dont la disparition nous est programmée pour très vite. Nécessaire à la diversité du vivant comme le loup rouge, l’origan poivré, l’eau potable, la poésie.

L’Atelier du Plateau a beaucoup de commun avec ces commerces pluriactifs, ces lieux de rassemblement à petite échelle, où chacun peut passer la porte avec une main ouverte, un regard pour l’autre, où la vie circule dans les recoins. Sans être idyllique, ni péremptoire d’une quelconque exemplarité, ces endroits accrochent des flux d’imaginaire et de trivialité, des battements d’indépendance. Pourquoi sont-ils toujours les premiers sous la menace d’une déshérence de l’accompagnement public ? Sommes-nous des enfants inutiles, des parasites ?

L’Atelier du Plateau n’est ni tout à fait le même ni tout à fait un autre que ce commerce de Tréméoc. L’artiste est, en effet, son centre névralgique, son point de fusion, sa raison d’ouvrir et fermer. Un artiste qui va au devant du monde avec rugissement, poème de béton, corps acrobatique, question, riff de guitares, divagation généreuse, colère de cordes, bringuebalement d’humilité, chansons populaires, une voix différente, inintelligible parfois, magique et consolatrice parfois , déroutante d’obstination à aimer la rencontre. Mais apprécie-t-on encore les artistes ? Sont-ce eux aussi des enfants inutiles, des parasites ?

« Au dessus de l’île, on voit des oiseaux ». Pour cette nouvelle année, chassons les mauvais augures et veillons à ouvrir notre lieu à des oiseaux de passage, à des oiseaux migrateurs, à des oiseaux moqueurs, à ce que le ciel se peuple d’oiseaux pépiants leurs histoires pour habiller nos vies. Matthieu Malgrange