Centre Dramatique National de Quartier
  édito n°57

Laissons, laissons entrer le soleil pour cette nouvelle année. Après avoir consulté les astrologues de l’aura et les chamans du bien-être, j’entrevois une pandémie de bienveillance, d’amour et d’humour dès la fin janvier, avec un pic de tendresse chaque vendredi. On rit et on sort beaucoup en mars. Méfiance tout de même en avril où Jupiter passe dans l’Étoile noire pour une durée de cinq ans. À partir de mai, l’inattendu et l’imprévisible prennent le dessus jusqu’au solstice d’été.

Si le café du comptoir reste encore difficile d’accès, il est possible de partager nos ressentis, nos emporte-pièces d’avis, nos douceurs et nuances sur ce dingo monde sans atteindre le point de Godwin dès qu’on ouvre la bouche.

On assiste ainsi à des tornades de débats dans tous les lieux hybrides. Ça reste merveilleusement houleux lorsque les voix s’élèvent pour dézinguer le patriarcat. La parole se libère tout au long de l’année, poétique et douloureuse au premier trimestre, revendicative et puissante pour les suivants. Les gestes citoyens, coopératifs, solidaires se multiplient dans tous les plis de la vie. Un nouveau jour férié est créé, dédié à l’imagination et aux arts de rues. On y célèbre l’entre-autre, on ouvre des îles de bonheur brut, on moque gentiment nos travers, on ricane bêtement comme des adolescents.

Gageons que notre Atelier du Plateau ne sera pas en reste de ce décret d’allégresse. Pour ce faire, nous avons convié des artistes solaires, des islamo-gauchistes, des caustiques, des moches, des motivé.e.s, des taciturnes, des enthousiastes à enchanter nos murs. À coup de violoncelles, de clowns, de mots, de paupières, ils.elles tireront sur la morosité.

Laissons, laissons entrer nos soleils.

Matthieu Malgrange