Centre Dramatique National de Quartier
  Humeur de Julia Robert

PARADOXE
L’idée de ne plus jouer me terrifie.
La seule chose intéressante dans l’empêchement est de pouvoir suspendre ce temps soit en creusant, en cherchant, soit en ne faisant rien, lâcher prise, en quelque sorte. Dans les deux cas, cela laisse la possibilité de modeler de nouvelles idées, de nouvelles matières, de nouveaux espaces encore insoupçonnés.
Il en ressort un nouveau paradoxe : un inconfort quotidien qui devient connu et donc confortable.
C’est drôle, je n’avais pas réalisé que les artistes avec lesquels j’ai choisi de collaborer sur mon projet solo Fame, et avec qui je travaille en ce moment - Lasseindra Ninja, Justine Bachelet, François Chaigneau, Pol Pi… - pourraient être précisément les plus à même de me donner les clefs de ce qui les a menés jusqu’à cette forme de reconnaissance dans leur art. Sachez que cela reste un mystère et surtout ce n’est pas tant leur succès qui me semble intéressant, mais plutôt leur process, le cheminement qui les a amenés à cette beauté qu’ils proposent.
Certes il y a des outils, mais il ne s’agit pas vraiment de cela.
Je crois qu’on est en permanence “au travail” sur scène. En ce sens où le lien avec le public doit rester constamment vivant. Je dirais que c’est du don.
Il s’agit d’une certaine folie aussi, je ne saurais pas trop l’expliquer encore… De se connecter à sa propre folie.
Je vis un paradoxe depuis le jour où j’ai eu envie de me mettre en scène, puisque j’étais totalement désinhibée. Tandis qu’aujourd’hui, j’ai le sentiment que pour reconquérir cette énergie-sensation, je dois travailler comme une acharnée. Alors j’écris, je précise, je fais des choix, j’abandonne des idées, je fabrique des matières… D’ailleurs, je suis heureuse et excitée lorsqu’une nouvelle matière émane d’un premier jet et qu’elle est encore plus belle que la première ébauche, mais je ne suis pas encore tout à fait satisfaite du résultat.
Donc je suis prise entre un élan, une exaltation, une certaine jouissance de création et en même temps un ras-le-bol, un découragement, voire un certain dégoût parfois et une forme d’agacement de ne pas y être encore...
Je crois que cet endroit que je recherche est en perpétuel mouvement. C’est vivant en tout cas. Une forme de liberté et de confort. Une fois que tu es connecté à cet état, tout est possible. La technicité n’a rien à voir là-dedans.
Bien sûr j’ai hâte de trancher, de faire des choix tout en me reconnectant à cet état de confiance en représentation sur scène. Mais peut-être que la scène n’est jamais confortable.

La Compagnie Leidesis - Julia Robert est accueillie en résidence à l’Atelier du Plateau, du 18 au 22 janvier 2021, pour le spectacle “Fame”.
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