Centre Dramatique National de Quartier
  Humeur de Julie Fonroget

Il y a bien longtemps, dans un monde où gestes barrières, confinement et gel hydroalcoolique ne faisaient pas partis de notre quotidien, où l’on nous autorisait à se réunir, à rester connectés avec ce qui nous entoure, autrement que par YouTube, Zoom, ou streaming live, où le public n’avait pas besoin de montrer sa carte de programmateur ou de responsable culturel pour entrer dans les théâtres : on pouvait se perdre, se laisser traverser, happer par une voix, une image, une sensation et même, parfois, quand le coup de grâce frappait, on y repensait plusieurs jours après. On pouvait aussi être déçus, agacés et on en parlait de cette tentative ratée : du spectacle hyper conformiste ou trop expérimental. On débattait, se questionnait sur ce qui nous faisait vibrer, sur nos attentes de spectateurs.

On partageait ensemble cette proximité mystérieuse qu’on appelle le spectacle vivant.
Et c’était beau.

Et alors qu’on n’en voit pas le bout, que les discussions ne tournent qu’autour de la lenteur du gouvernement, du variant britannique qui touche maintenant les enfants, de la réticence des français aux vaccins, on continue à rêver, à construire l’inutile, à imaginer de nouvelles expériences avec les spectateurs. Pourquoi ? Comment ? On ne sait pas, on ne sait plus. On sait juste que l’envie est là, l’envie fragile mais brûlante de donner vie à nos projets et de les faire grandir autrement que dans nos têtes. Tout ça n’est qu’une question de temps. Dans ce contexte si particulier, La Fille de Strasshof se prépare doucement à naître. Et pour sa sortie, nous avons grand besoin de chaleur humaine, de convivialité, de joie et de bienveillance. Être accompagné par l’Atelier du Plateau prend donc tout son sens !

Pour rassurer nos futur·e·s spectateurs·trices, qui après plusieurs mois de confinement ne seront peut-être pas d’humeur à découvrir un spectacle inspiré de l’affaire Natascha Kampusch, il ne s’agit pas ici de proposer un spectacle immersif sur ses huit années de séquestration mais d’interroger notre rapport intime aux victimes à travers son exposition médiatique.

J’espère vivement vous rencontrer lors de cette occasion si précieuse en ces temps de repli, avoir la possibilité d’échanger avec vous du spectacle ou d’autre chose, surtout d’autre chose, tenter de reconstruire ce lien au réel, cette chose indicible qui nous éveillait, nous gardait vivant. Qu’on se donne à voir, à penser à la sortie de cette vacance.

La Compagnie Azelig - Julie Fonroget est accueillie en résidence à l’Atelier du Plateau, du 07 au 12 mai 2021, pour le spectacle “La fille de Strasshof”.
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